En 2018, Genève aime sans compter

​Source TDG

Par Eric Budry / 30.01.2018

N’oubliez pas vos parapluies si vous sortez car, en ce moment, il pleut des cadeaux. Tout rapport avec l’échéance électorale du printemps ne saurait bien évidemment n’être que fortuit. Mais si on additionne les projets qui s’amoncellent au pied du sapin, ce ne sont pas par centaines de millions de francs que notre dette enflerait, mais par milliards.

En toile de fond des multiples propositions récentes des partis politiques, il y a – ne l’oublions pas – un projet «officiel» qui, en l’état, va déjà à lui seul priver les caisses publiques d’un peu plus de 400 millions de francs de recettes fiscales par an (pour un manque à gagner net de 367 millions). Il s’appelle Projet fiscal 2017 (PF17) et vise à harmoniser à la baisse le taux d’imposition du bénéfice des entreprises.

Si on additionne les projets qui s’amoncellent, ce ne sont pas par centaines de millions que notre dette enflerait, mais par milliards.

Certes, tout n’est pas encore joué puisque le peuple aura très certainement à se prononcer tant au niveau national qu’à Genève. La marge de manœuvre n’est toutefois pas énorme. À cela s’ajoutera encore le coût du refinancement de la Caisse de pension des fonctionnaires, qui reste certes un peu flou.

Dès lors, on aurait pu imaginer une certaine retenue, au moins de la part des milieux très favorables à cette baisse d’impôt. Ce n’est pas vraiment le cas. Ainsi, le Parti libéral-radical a annoncé le dépôt de trois projets de loi pour «offrir un bol d’air fiscal» aux citoyens contribuables. C’est bien aimable de sa part, mais cela a un coût: à la louche, 125 millions de recettes en moins.

De son côté, le Parti démocrate-chrétien (PDC) entend donner un coup de pouce aux proches aidants (–25 millions de francs) et quelques autres à la classe moyenne. Le tout pèse plus de 100 millions de francs. En moins, bien sûr.

Tout cela ne représente que des peanuts par rapport à ce qui se passe sur le front des coûts de la santé et des primes d’assurance-maladie. Genève en Marche propose ni plus ni moins le paiement des primes par l’État et la création d’une caisse maladie publique. Coût: dans les deux milliards annuellement. Petite joueuse, la gauche table sur le plafonnement des primes à 10% du revenu des personnes. Ce serait 254 millions actuellement à prendre en charge par le Canton et 750 millions dans quelques années.

Ce n’est naturellement pas du côté de l’Alternative qu’il faut aller chercher d’autres idées de baisses d’impôt. En revanche, on y aimerait volontiers donner davantage de moyens à l’État et donc à la fonction publique. Du moins si on le pouvait.

Enfin, n’oublions pas le grand projet d’infrastructure dont le bon peuple genevois a accepté le principe en votation: la traversée du lac. La chose est estimée aux alentours de 3 milliards. A priori à payer par Genève puisque la Confédération ne veut pas mettre un kopeck et que le système de partenariat public-privé ne semble pas être praticable.

N’en jetons plus, la coupe est pleine! «La politique, c’est l’art du possible», aimait à répéter ce bon vieil Otto Von Bismarck pour calmer ses troupes. C’est un peu moins vrai en période électorale.​